Savoir, savoir-faire et troc

L’énorme succès du briquet de poilu artisanal est aussi dû aux lois Jules Ferry, relatives à l’instruction primaire obligatoire, mise en place de 1881 à 1886, après la défaite de 1870, où avait été clairement constatée la supériorité des armées prussiennes en matière d’instruction. Ce raccourci peut surprendre dans une étude consacrée aux objets de poilus, mais il est d’un rapport évident.La scolarité obligatoire jusqu’à 14 ans avait pour but d’alphabétiser la jeunesse et donc de lui donner accès à la lecture et à l’écriture. Mais la concrétisation sur le terrain pédagogique n’a pas été immédiate à tel point qu’en 1914, selon les statistiques militaires et en dépit des traductions optimistes des thuriféraires actuels de l’instruction publique revisitant le passé, seuls 39% des conscrits avaient le niveau permettant d’obtenir le Certificat d’Etude Primaire (CEP). Beaucoup d’enfants n’étaient pas présentés par les « hussards noirs de la République » au CEP ou n’y réussissaient pas et retournaient au travail pour des raisons économiques ou sociales et après la sortie de l’école, n’entretenaient plus leurs acquis et ainsi faute de pratique, en perdait une grande partie du bénéfice. Il y avait donc une faiblesse dans la lecture et l’écriture pour une grande partie de la population militaire en dehors des gradés. N’oublions pas non plus la constitution de régiments provinciaux bretons, basques, catalans… qui ne parlaient que leur langues régionales et maitrisaient difficilement le seul français écrit, pouvant leur permettre de communiquer avec l’arrière.

C’est ainsi, que la majorité des conscrits en 1914, étaient classés au moment du conseil de révision, dans les catégories 1 ou 2 dans une approche du niveau d’instruction comportant 5 échelons.


On notera pour la petite histoire, que le mouchoir d’instruction militaire, bande dessinée à l’usage des conscrits et traduite par les gradés, officialisé par l’armée en 1880, n’a été supprimé officiellement qu’en 1937, tous les conscrits étant alors supposés savoir lire les livrets d’instructions soit à la génération suivant celle de 1914.

Ainsi, dans un contexte où la communication avec l’arrière était un facteur prépondérant au maintien du moral savoir lire et écrire devenait alors un atout permettant dans le cadre d’une fraternité, de nouer des relations d’échanges fructueux entre ceux qui « savaient » et ceux qui « savaient faire ». D’où la multiplication des briquets utilisés comme monnaie d’échange entre les fabricants et ceux qui leur rendaient service en écrivant ou lisant pour eux (sans compter bien sur les échanges contre rations de tabac, pinard, gnole ou autres produits de nécessité dont le célèbre Jack knife anglais, fort recherché auprès des Tommies, par nos Pioupiou démunis d’un couteau réglementaire !).

On ne peut expliquer autrement l’existence de séries de briquets fabriqués par les mêmes mains et dont voici des exemples, parmi d’autres qui apparaîtrons dans d’autres paragraphes, et en particulier, la série de 7 découverts aux 4 coins de la France au fil des années et je sais qu’ils sont plus nombreux.

 

Briquets estampés. Structure global superposable avec des différences de...

Briquets estampés. Structure global superposable avec des différences de côtes et matériaux mais coins et reliures identiques. La scène de l'étang avec les cygnes ressort de la même inspiration mais avec des différences notables. Il est évident que le créateur est le même.

Là encore structures techniques identiques avec différences de côtes....

Là encore structures techniques identiques avec différences de côtes. Les gravures sont très proches dans leur inspiration florales. Les coins sont rigoureusement identiques dans la forme et la gravure ce qui prouve une filiation commune.

Même inspiration technique avec les 4 nerfs disposés de la même façon, même découpage en arbalète  du couvercle, mêmes coins, même gravures, même écriture. Matériaux disparates utilisés en fonction des trouvailles sur le terrain. Mais pas un briquet n'a les mêmes côtes ce qui prouve le coté totalement artisanal de cette production.

Merci à Mickaël Cornu (cornumic.skyrock.com) pour m'avoir permis de...

Merci à Mickaël Cornu (cornumic.skyrock.com) pour m'avoir permis de compléter la série par un troisième exemplaire issu de sa propre collection et dont il a bien voulu se séparer.

On retrouvera ces trois  pièces dans la partie consacrée aux briquets d'Orient

Gravure et monograme identiques, mais les briquets sont de tailles différentes.

 

Gravures et factures identiques, pour 2 monogrammes différents.

Ces quatre briquets ont été sinon fabriqués, du moins gravés par le même artiste. La caligraphie du mot "Verdun" ne laisse aucun doute sur ce point.